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• Aucune limite d'âge n'encadre la donation : seule compte la capacité du donateur à consentir librement
• Toute donation doit respecter la réserve héréditaire, sous peine d'action en réduction à la succession
• Les abattements se renouvellent tous les 15 ans, mais une donation consentie moins de 15 ans avant le décès n'ouvre pas de nouvel abattement
• La donation en nue-propriété avec réserve d'usufruit réduit la base taxable de 30 % entre 71 et 80 ans
• Le don familial de sommes d'argent de 31 865 € disparaît au-delà de 80 ans
Peut-on faire une donation après 70 ans ?
Oui, sans aucune restriction d'âge. Le Code civil n'impose pas de plafond : la seule condition est que le donateur soit sain d'esprit et libre de son consentement. C'est précisément ce que vérifie le notaire au moment de l'acte, pour protéger à la fois le donateur et les héritiers d'une éventuelle action en abus de faiblesse.
La donation est un acte juridique par lequel vous transférez gratuitement la propriété d'un bien (somme d'argent, valeurs mobilières, immeuble, œuvre d'art…) à un bénéficiaire qui doit l'accepter expressément. Elle devient alors irrévocable, sauf cas exceptionnels prévus par la loi (ingratitude, inexécution des charges).
Pourquoi donner après 70 ans ?
Anticiper la transmission de son patrimoine via une donation de son vivant présente plusieurs avantages concrets :
- Aider ses proches au bon moment, lorsqu'ils en ont réellement besoin (achat immobilier, création d'entreprise, financement des études des petits-enfants).
- Réduire les droits de succession futurs grâce aux abattements renouvelables.
- Anticiper la répartition du patrimoine et limiter les conflits entre héritiers, notamment via la donation-partage.
- Avantager un proche non-héritier (concubin, ami, association) dans un cadre fiscal maîtrisé.
Pour résumer💡
Toute donation doit respecter la réserve héréditaire, c'est-à-dire la part du patrimoine légalement réservée aux enfants. Une donation qui empiéterait sur cette réserve pourrait faire l'objet d'une action en réduction lors de la liquidation de la succession. Le notaire calibre l'opération pour rester dans la quotité disponible, c'est-à-dire la part dont vous pouvez disposer librement.

Le rappel fiscal des 15 ans : un point clé quand on donne tard
C'est la vraie spécificité de la donation après 70 ans. Les abattements se renouvellent tous les 15 ans, mais ce compteur a une contrepartie : l'article 784 du Code général des impôts prévoit que toute donation consentie moins de 15 ans avant le décès est réintégrée dans le calcul fiscal de la succession.
Concrètement, si vous donnez 100 000 € à votre enfant à 72 ans et que le décès survient à 82 ans, l'abattement a été consommé mais pas renouvelé : au moment de la succession, votre enfant ne disposera pas d'un nouvel abattement de 100 000 €. Plus on donne tard, plus ce risque est réel, ce qui rend l'anticipation d'autant plus importante.
Une exception notable : les dons familiaux de sommes d'argent (article 790 G) ne sont pas concernés par ce rappel fiscal. C'est l'un des arguments qui plaident pour les mobiliser en priorité, tant que le donateur a moins de 80 ans.
Les abattements de parenté applicables
| Lien de parenté | Abattement |
|---|---|
Enfant | 100 000 € |
Petit-enfant | 31 865 € |
Arrière-petit-enfant | 5 310 € |
Frère ou soeur | 15 932 € |
Neveu ou nièce | 7 967 € |
Conjoin ou partenaire de PACS | 80 724 € |
Personne sans lien de parenté | 1 594 € |
Une personne en situation de handicap bénéficie d'un abattement supplémentaire de 159 325 €, cumulable avec l'abattement de parenté.
Le don familial de somme d'argent : un abattement cumulable
En plus des abattements ci-dessus, il existe un dispositif spécifique pour les dons familiaux en numéraire. Ce mécanisme est aussi connu sous le nom de donation Sarkozy, en référence à la loi du 21 août 2007 qui l'a instauré. Il permet de transmettre 31 865 € supplémentaires tous les 15 ans, en franchise de droits, à un enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant (ou neveu/nièce à défaut de descendance directe).Deux conditions cumulatives s'appliquent :
- Le donateur doit avoir moins de 80 ans.
- Le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé.
Ce dispositif se cumule avec l'abattement de parenté. Concrètement, un parent de 75 ans peut donner à son enfant majeur 100 000 € + 31 865 € = 131 865 € sans aucun droit de donation, et renouveler l'opération tous les 15 ans. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est souvent recommandé d'anticiper certaines donations avant la donation après 80 ans, avant la perte de ce levier.
Une question revient souvent : combien peut-on donner à ses enfants sans sortir du cadre exonéré, et à quel rythme ?
Le don familial pour un logement ou des travaux : jusqu'à 100 000 € exonérés
Le don familial de somme d'argent : un abattement cumulable
Depuis la loi de finances pour 2025, un dispositif temporaire s'ajoute aux abattements classiques : l'article 790 A bis du Code général des impôts. Il permet de donner jusqu'à 100 000 € par donateur, dans la limite de 300 000 € par bénéficiaire, en exonération totale de droits, à un enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant ou, à défaut de descendance, un neveu ou une nièce.
Ce don est soumis à une condition d'affectation stricte. La somme doit être utilisée par le bénéficiaire, dans les six mois suivant le versement, pour l'une de ces finalités :
- l'acquisition d'un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement (VEFA) destiné à sa résidence principale ;
- des travaux de rénovation énergétique dans sa résidence principale, éligibles à MaPrimeRénov', sans cumul possible avec la prime elle-même.
Le bénéficiaire doit conserver le logement comme résidence principale pendant cinq ans. Le dispositif s'applique aux dons réalisés jusqu'au 31 décembre 2026 pour le logement neuf et la rénovation. Il se cumule avec l'abattement classique de 100 000 € (article 779) et avec le don familial de sommes d'argent de 31 865 € (article 790 G), ce qui en fait la fenêtre d'optimisation la plus forte du moment pour aider un descendant à se loger.
Le barème progressif des droits de donation
Lorsque la donation excède les abattements applicables, la part taxable est soumise à un barème progressif. En ligne directe (parents-enfants, grands-parents-petits-enfants) :
| Part taxable après abattement | Taux |
|---|---|
Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Pour les frères et sœurs, le taux est de 35 % jusqu'à 24 430 € puis 45 % au-delà. Pour les neveux et nièces, le taux est de 55 %, et pour les tiers, il atteint 60 %.
Les différents types de donation après 70 ans
Donation en pleine propriété
Vous transmettez immédiatement la totalité des droits sur le bien (propriété + usage). Le bénéficiaire en dispose librement dès la signature. C'est la formule la plus simple, mais elle implique une perte totale de contrôle sur le bien.
Donation en nue-propriété avec réserve d'usufruit
C'est la stratégie phare après 70 ans (détaillée plus bas). Vous transmettez la nue-propriété d'un bien tout en conservant l'usufruit : vous continuez à habiter le logement ou à en percevoir les loyers.
Donation temporaire d'usufruit
Vous transférez l'usage d'un bien pour une durée déterminée, sans céder définitivement la propriété. Les revenus reviennent à l'usufruitier pendant cette période, ce qui permet par exemple d'aider un enfant ou un petit-enfant pendant ses études. À l'issue du délai, vous récupérez automatiquement la pleine propriété. L'opération sort par ailleurs le bien de votre base taxable à l'IFI, l'article 968 du Code général des impôts imposant l'usufruitier.C'est aussi le montage le plus surveillé par l'administration fiscale. Pour écarter le risque de requalification en abus de droit, la doctrine attend notamment un acte notarié, une durée d'au moins trois ans et un usufruit qui réponde à un besoin réel du bénéficiaire.
Donation-partage
Acte notarié par lequel vous répartissez de votre vivant tout ou partie de vos biens entre vos héritiers présomptifs (articles 1075 et suivants du Code civil). Atout majeur : les biens transmis ne sont pas réévalués au décès, ce qui verrouille les valeurs au jour de l'acte et limite drastiquement les conflits familiaux. Outil incontournable en cas de fratrie ou de famille recomposée.
Don manuel d'argent
Remise directe d'une somme par chèque, virement ou espèces. Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration s'effectue en principe en ligne sur impots.gouv.fr, dans le mois suivant le don, même s'il entre dans les abattements. L'acte notarié reste obligatoire pour une donation immobilière, une donation-partage et certaines donations entre époux.
La donation en nue-propriété : la stratégie phare après 70 ans
La donation en nue-propriété est probablement le mécanisme le plus puissant pour optimiser une transmission après 70 ans. Le principe : vous séparez la propriété (la nue-propriété, transmise au bénéficiaire) de l'usage (l'usufruit, que vous conservez).
- Vous continuez à habiter le logement ou à percevoir les loyers.
- Seule la valeur de la nue-propriété est soumise aux droits de donation.
- Au décès, l'usufruit s'éteint automatiquement et le nu-propriétaire devient pleinement propriétaire sans droits de succession supplémentaires sur cette opération.
La valeur fiscale de l'usufruit et de la nue-propriété est fixée par l'article 669 du Code général des impôts, selon l'âge du donateur (usufruitier) :
| Âge du donateur | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue propriété |
|---|---|---|
Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
21 - 30 ans | 80 % | 20 % |
31 - 40 ans | 70 % | 30 % |
41 - 50 ans | 60 % | 40 % |
51 - 60 ans | 50 % | 50 % |
61 - 70 ans | 40 % | 60 % |
71 - 80 ans | 30 % | 70 % |
81 – 90 ans | 20 % | 80 % |
À partir de 91 ans | 10 % | 90 % |
Attention à la date anniversaire
Le barème progresse par tranches de dix ans, mais le passage d'une tranche à l'autre est brutal. À 70 ans, l'usufruit vaut encore 40 % et la nue-propriété 60 %. À 71 ans, l'usufruit tombe à 30 % et la nue-propriété monte à 70 %.
Concrètement, pour un bien de 300 000 €, la base taxable passe de 180 000 € à 210 000 € en un anniversaire, soit 30 000 € de plus à déclarer. Le même effet se reproduit au passage des 81 ans, où la nue-propriété atteint 80 %.
Si vous approchez d'un de ces seuils, la date de signature de l'acte compte autant que le montage retenu.
Ce que vous conservez, ce que vous ne pouvez plus faire seul
L'usufruit reste un droit étendu. Vous continuez à occuper le logement, et vous pouvez le mettre en location sans l'accord du nu-propriétaire pour en percevoir les loyers. Sur ce point, l'usufruit est nettement plus large que le droit d'usage et d'habitation d'une vente en viager, qui interdit toute location.
La contrepartie porte sur la disposition du bien. Vendre suppose désormais l'accord du nu-propriétaire, puisque vous ne détenez plus qu'une partie des droits. Un donateur qui aurait besoin de liquidités quelques années plus tard ne peut donc plus mobiliser seul la valeur de son logement.
La répartition des charges suit la même logique. L'usufruitier assume l'entretien courant, les charges, la taxe foncière et l'impôt sur la fortune immobilière. Le nu-propriétaire prend en charge les gros travaux définis à l'article 606 du Code civil, sauf convention contraire prévue dans l'acte.
Le démembrement repose sur un barème lié à l'âge du donateur :
• Entre 71 et 80 ans, la nue-propriété vaut 70 % du bien, l'usufruit 30 %
• Entre 81 et 90 ans, la nue-propriété passe à 80 %, ce qui alourdit la base taxable
• Seule la valeur de la nue-propriété est soumise aux droits de donation
• Le donateur conserve l'usage du bien et perçoit les loyers éventuels
• Au décès, l'usufruit s'éteint sans taxation supplémentaire sur cette opération
La fenêtre 71-80 ans reste très favorable : la nue-propriété ne représente que 70 % de la valeur du bien, ce qui réduit mécaniquement la base taxable de 30 % par rapport à une donation en pleine propriété.
Cas pratique chiffré
Un parent de 75 ans possède un appartement parisien évalué à 300 000 €. Il souhaite le transmettre à son fils unique tout en continuant à percevoir les loyers.
Sans démembrement, donation en pleine propriété :
- Valeur taxable : 300 000 €
- Après abattement de 100 000 € : 200 000 €
- Droits de donation : environ 38 620 €
Avec démembrement, donation de la nue-propriété (le parent conserve l'usufruit) :
- Valeur de la nue-propriété : 300 000 € × 70 % = 210 000 €
- Après abattement de 100 000 € : 110 000 €
- Droits de donation : environ 20 620 €
Économie : ≈ 18 000 €, sans compter qu'au décès du parent, l'usufruit s'éteindra sans nouvelle taxation.
Si le couple est marié et que les deux parents donnent conjointement, chaque enfant peut recevoir jusqu'à 200 000 € d'abattement tous les 15 ans, ce qui peut suffire à exonérer totalement l'opération.
Quelle somme d'argent peut-on donner sans déclarer après 70 ans ?
C'est l'une des questions les plus posées sur le sujet quelle somme d'argent peu-on donner sans déclarer. La réponse mérite d'être nuancée.
En principe, toute donation doit être déclarée à l'administration fiscale, même si elle est exonérée grâce aux abattements. La déclaration permet notamment de faire courir le délai de 15 ans pour le renouvellement.
Une seule exception : le présent d'usage. Un cadeau offert à l'occasion d'un événement particulier (anniversaire, mariage, naissance, réussite à un examen, Noël…) n'est pas considéré comme une donation et n'a pas à être déclaré. La condition : son montant doit rester proportionné à votre patrimoine et à vos revenus. Il n'existe pas de seuil légal absolu ; la jurisprudence considère généralement qu'un présent d'usage ne doit pas excéder 1 à 2 % du patrimoine du donateur.
Pour tout don d'argent au-delà de cette logique, la déclaration via le formulaire 2735 (ou en ligne sur impots.gouv.fr depuis le 1ᵉʳ janvier 2026) est obligatoire dans le mois qui suit la remise.
Les frais de donation et le rôle du notaire
Le recours au notaire est obligatoire pour toute donation portant sur un bien immobilier, et pour toute donation-partage. Il est très fortement recommandé pour les montants élevés ou les situations familiales complexes.
Les frais d'une donation se décomposent en trois postes :
- Les droits de donation (fiscalité) calculés après abattements selon le barème progressif.
- Les émoluments du notaire, réglementés et proportionnels à la valeur du bien transmis (généralement entre 1 % et 4 % de la valeur, dégressifs par tranches).
- Les frais et débours (publicité foncière, formalités d'enregistrement).
Le notaire a un triple rôle : il vérifie la capacité du donateur, sécurise le respect de la réserve héréditaire et conseille sur la structuration optimale de l'acte.
Et après 80 ans, qu'est-ce qui change ?
Passé 80 ans, deux leviers d'optimisation évoluent : le don familial de sommes d'argent n'est plus accessible, et la valeur fiscale de la nue-propriété augmente (80 % de la valeur du bien entre 81 et 90 ans). Les abattements de parenté, eux, restent inchangés.
Donner tôt reste plus avantageux, mais plusieurs leviers restent ouverts après 70 ans :
• Mobiliser en priorité le don familial de sommes d'argent, tant que le donateur a moins de 80 ans
• Cumuler abattement de parenté, don familial et exonération logement de l'article 790 A bis
• Privilégier la donation-partage pour figer les valeurs et limiter les conflits entre héritiers
• Déclarer chaque don dans le mois, la déclaration faisant courir le délai de 15 ans
• Envisager le prêt viager hypothécaire lorsque le besoin porte sur des liquidités plutôt que sur une transmission
Le prêt viager hypothécaire : une alternative complémentaire à la donation
La donation n'est pas la seule réponse aux besoins patrimoniaux après 70 ans. Lorsque l'objectif est d'obtenir des liquidités (pour aider ses proches dès maintenant, financer un projet ou simplement améliorer son quotidien) tout en conservant pleinement son logement, le Prêt Viager Hypothécaire (PVH) constitue une alternative voire un complément pertinente.

























































































