Calcul du paiement de la maison de retraite par les descendants : ce qu'il faut savoir en 2026

Le coût mensuel d'un hébergement en EHPAD oscille entre 2 200 € et 3 800 €, et grimpe sans difficulté au-delà de 4 000 € dans certaines zones tendues. Or la pension moyenne d'un retraité français se situe autour de 1 600 € nets par mois. La conclusion s'impose : pour la majorité des familles, les ressources du résident ne suffisent pas à couvrir les frais d'établissement, et la question du financement complémentaire arrive très vite sur la table.

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Sommaire

L'obligation alimentaire : le cadre légal

Le fondement juridique tient en quelques lignes. L'article 205 du Code civil énonce que « les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ». Le terme « aliments » est interprété largement : il couvre le logement, la nourriture, les vêtements, les soins, et donc les frais d'hébergement en établissement médico-social.

Cette obligation ne pèse pas sur n'importe quel membre de la famille. Sont considérés comme obligés alimentaires :

  • le conjoint ou partenaire de PACS, sollicité en premier ;
  • les enfants ;
  • les petits-enfants, sous certaines conditions ;
  • les gendres et belles-filles, sauf en cas de divorce ou si le conjoint et ses enfants sont décédés.

Les frères et sœurs, les neveux et nièces, les concubins ne sont pas tenus par l'obligation alimentaire, quelle que soit la proximité de la relation. Une évolution récente mérite d'être notée : la loi du 8 avril 2024 dite « Bien Vieillir » a définitivement exclu les petits-enfants du périmètre de l'obligation alimentaire dans le cadre d'une demande d'aide sociale à l'hébergement (ASH). Ils ne peuvent plus être sollicités par le département pour combler le reste à charge d'un grand-parent.

L'obligation alimentaire s'évalue toujours selon deux variables croisées : les besoins réels du parent dans le besoin et les capacités financières effectives du ou des descendants. Personne ne peut être contraint à payer au-delà de ses moyens.

Le reste à charge : le vrai chiffre à calculer

Avant même de répartir la charge entre les enfants, il faut poser un montant précis : combien manque-t-il chaque mois à votre parent pour couvrir son hébergement ? Ce calcul se fait en deux temps.

Étape 1 : additionner toutes les ressources mobilisables du résident :

  • pension de retraite (base + complémentaire) ;
  • Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA) versée par le département selon le GIR ;
  • aide au logement (APL ou ALS) si l'établissement est conventionné ;
  • revenus fonciers éventuels (loyer du bien si conservé) ;
  • intérêts d'épargne et autres revenus de placements.

Étape 2 : soustraire ces ressources du coût mensuel total de l'établissement :

Prenons une situation concrète. Monsieur Lavergne, 86 ans, entre en EHPAD dans le Loir-et-Cher. La facture mensuelle s'élève à 2 950 € (tarif hébergement, tarif dépendance ticket modérateur, prestations diverses).

PostMontant
Coût mensuel EHPAD
2950 €
Pension de retraite
- 1480 €
APA en établissement
-480 €
APL
-195 €
Reste à charge mensuel
795 €

Ce sont ces 795 € qui doivent être couverts par les descendants au titre de l'obligation alimentaire, ou par l'ASH avec contribution des obligés.

La répartition entre frères et sœurs : le principe de proportionnalité

L'erreur la plus courante consiste à imaginer une répartition à parts égales. Trois enfants, reste à charge de 800 € : chacun paie 267 €. Ce n'est jamais comme ça que cela fonctionne. La loi pose un principe clair : chaque obligé alimentaire contribue à hauteur de ses capacités réelles, et non d'une part forfaitaire. Cette règle vise l'équité, pas l'égalité arithmétique.

Le calcul de la capacité contributive d'un descendant repose sur la formule :

Reste à vivre = Revenus du foyer – Charges fixes

Et la contribution se déduit ensuite, généralement comme un pourcentage de ce reste à vivre.

Reprenons l'exemple de Monsieur Lavergne, avec ses trois enfants : Hélène, Bertrand et Caroline. Le reste à charge à couvrir est de 795 €/mois.

EnfantRevenus foyerCharges fixeReste à vivreContribution estimée
Hélène (cadre, sans enfant à charge)
4 200 €
1 700 €
2 500 €
390 € (49 %)
Bertrand (employé, 2 enfants à charge)
3 600 €
2 100 €
1 500 €
225 € (28 %)
Caroline (mariée, conjoint sans revenus, 3 enfants)
2 800 €
1 900 €
900 €
180 € (23 % )

Total : 795 €. Hélène contribue davantage non parce qu'elle gagne plus que Bertrand, mais parce qu'après charges, son reste à vivre est nettement supérieur. C'est cette logique de capacité réelle qui guide la décision, qu'elle soit prise à l'amiable ou tranchée par le juge.

Il n'existe pas de barème national unifié, mais la majorité des départements appliquent des grilles internes avec :

  • un forfait charges courantes indexé sur le SMIC selon la composition du foyer ;
  • un taux de participation variable selon le lien de parenté (généralement 25 % pour les enfants, 12,5 % pour les beaux-enfants, 100 % pour le conjoint au-delà du SMIC).

Vous pouvez demander la grille de votre département auprès du Conseil départemental ou du CCAS de la commune du parent.

Trois voies pour fixer la contribution

Trois canaux existent pour formaliser la participation de chacun :

L'accord amiable familial. C'est la voie la plus rapide et la moins conflictuelle. Réunissez la fratrie, partagez les avis d'imposition, formalisez un accord écrit signé par tous (sous seing privé ou devant notaire). Cet accord engage juridiquement et facilite la déduction fiscale ultérieure.

La saisine du Conseil départemental via l'ASH. Si votre parent dépose une demande d'aide sociale à l'hébergement, le département mène une enquête auprès de tous les obligés alimentaires (questionnaire détaillé, pièces justificatives). Il fixe ensuite par décision administrative la contribution de chacun. Vous disposez d'un délai de recours de deux mois pour contester.

Le juge aux affaires familiales. En cas de désaccord entre frères et sœurs, ou de contestation d'une décision départementale, le juge tranche. Il examine la situation de chaque obligé et fixe par jugement les contributions, qui s'imposent à tous. Cette voie est plus longue et nécessite généralement l'assistance d'un avocat.

Les cas de dispense de l'obligation alimentaire

L'obligation alimentaire n'est pas absolue. Plusieurs situations permettent une exonération totale ou partielle.

Sont dispensés de plein droit :

  • les enfants dont l'autorité parentale a été retirée aux parents pour faits graves (maltraitance, abandon, condamnations) au titre des articles 378 et 378-1 du Code civil ;
  • les enfants retirés de leur milieu familial par décision de justice pendant plus de 36 mois cumulés avant leurs 18 ans (article L. 132-6 du CASF) ;
  • les enfants retirés de leur milieu familial par décision de justice pendant plus de 36 mois cumulés avant leurs 18 ans (article L. 132-6 du CASF) ;les enfants dont le parent créancier a été condamné comme auteur, co-auteur ou complice d'un crime ou d'une agression sexuelle contre l'autre parent ;
  • les pupilles de l'État élevés par l'Aide sociale à l'enfance ;
  • les petits-enfants dans le cadre d'une demande d'ASH (depuis avril 2024).

Au-delà de ces cas codifiés, le juge aux affaires familiales peut prononcer une dispense pour manquement grave du parent à ses obligations parentales (abandon, violences, défaut total d'éducation), conformément à l'article 207 du Code civil. La charge de la preuve incombe au descendant qui invoque le manquement.

Enfin, tout obligé dont les ressources sont objectivement insuffisantes après déduction de ses charges incompressibles peut être dispensé. Le juge module la contribution en fonction de la situation réelle.

À noter : se soustraire à l'obligation alimentaire sans motif légitime est sanctionné. L'article 227-3 du Code pénal prévoit jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende en cas d'abandon de famille caractérisé.

L'aide sociale à l'hébergement : le piège que peu de familles anticipent

Quand ni le résident ni les obligés alimentaires ne peuvent couvrir le reste à charge, le département peut intervenir via l'ASH (Aide Sociale à l'Hébergement). Le dispositif comble le différentiel restant après mobilisation de toutes les ressources. Sur le papier, c'est un filet de sécurité indispensable.

Dans les faits, l'ASH est récupérable. C'est le point que beaucoup de familles découvrent au moment du décès, lorsqu'il est trop tard pour ajuster la stratégie. Trois mécanismes de récupération coexistent :

  • Récupération sur la succession du bénéficiaire, dès le premier euro d'actif net successoral. Si le parent possédait une maison, un appartement ou de l'épargne, le département se rembourse en priorité.
  • Récupération sur les donations effectuées par le bénéficiaire dans les 10 années précédant la demande d'ASH, ou après celle-ci.
  • Récupération sur le bénéficiaire revenu à meilleure fortune, si sa situation financière s'améliore après l'attribution de l'aide.

Concrètement, si le parent a transmis sa maison à ses enfants par donation huit ans avant d'entrer en EHPAD, et que l'ASH a couvert 60 000 € de frais sur trois ans, le département peut se retourner contre les donataires pour récupérer cette somme dans la limite de la valeur transmise. Une donation faite « pour anticiper la succession » peut ainsi se retrouver, en partie, neutralisée par la créance départementale.

Cette mécanique n'est pas une raison de renoncer à l'ASH quand elle est nécessaire : c'est une aide vitale pour les familles aux ressources limitées. Mais elle invite à examiner toutes les alternatives avant de l'activer, particulièrement quand le parent possède un bien immobilier dont la famille souhaite préserver la valeur transmise.

La déduction fiscale : récupérer une partie de l'effort

Bonne nouvelle pour les descendants qui contribuent : les sommes versées au titre de l'obligation alimentaire sont intégralement déductibles du revenu imposable, sans plafond. Cette déductibilité concerne aussi bien les versements en numéraire que la prise en charge directe de frais (hébergement, soins, courses) ou la mise à disposition gratuite d'un logement.

Pour bénéficier de la déduction, trois conditions doivent être réunies :

  • le parent doit être objectivement dans le besoin (revenus insuffisants pour assumer ses charges essentielles) ;
  • la contribution doit être proportionnée aux capacités du descendant et aux besoins du parent ;
  • les versements doivent être justifiables (virements, chèques, factures payées directement).

Le montant déductible se reporte en case 6GU de la déclaration de revenus.

À noter que le parent bénéficiaire doit en symétrie déclarer les sommes perçues, sauf s'il perçoit l'Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA) ou si ses revenus sont en dessous des seuils d'imposition.

En complément, le parent résident en EHPAD bénéficie de son côté d'une réduction d'impôt de 25 % sur ses frais d'hébergement et de dépendance, dans la limite de 10 000 € de dépenses annuelles, soit une réduction maximale de 2 500 € par an. Les deux avantages sont cumulables.

Pour un descendant dans la tranche marginale d'imposition à 30 %, une contribution annuelle de 4 800 € (400 €/mois) génère une économie d'impôt d'environ 1 440 €. À l'échelle d'une fratrie, ces économies fiscales allègent sensiblement la charge globale.

Financer l'EHPAD sans mobiliser les enfants : le Prêt 60 d'Arrago

Une question revient régulièrement dans les familles confrontées au financement d'un hébergement médicalisé : comment éviter de solliciter les descendants quand le parent possède un bien immobilier mais manque de liquidités ?

C'est la situation type du senior français : asset-rich (souvent propriétaire d'un bien valant plusieurs centaines de milliers d'euros) mais cash-poor (avec une retraite qui ne couvre pas le tarif d'EHPAD). Vendre le bien règle le problème de trésorerie, mais ferme définitivement la porte à la transmission. Solliciter les enfants règle aussi le problème, mais pèse sur leurs propres équilibres et peut créer des tensions familiales durables.

Le Prêt 60 d'Arrago est accessible dès 60 ans, après étude d'éligibilité, pour un bien d'une valeur minimale de 150 000 € (résidence principale, secondaire ou locative). Le montant accordé représente 15 % à 60 % de la valeur du bien, sans examen médical (un certificat de facultés mentales est toutefois requis) ni condition de santé ou de revenus, et les fonds sont versés sous 48 heures après la signature notariée. Pour un parent entrant en EHPAD, ces liquidités peuvent financer plusieurs années d'hébergement sans vendre le bien ni solliciter les enfants.

Au décès, la dette ne peut jamais excéder la valeur du bien : aucune dette n'est transmise aux héritiers, qui perçoivent l'éventuel solde après remboursement. Le remboursement anticipé, total ou partiel, est possible à tout moment et sans frais. Un conseiller Arrago peut établir un diagnostic d'éligibilité personnalisé.

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